Les Bonnes Intentions de Jacques Mercier


Commentaire sur le concert du samedi 1er février 1997
Salle Pleyel, Orchestre National d’Île-de-France
sous la direction de Jacques Mercier

L’Orchestre National d’Ile-de-France donnait le samedi 1er février à la salle Pleyel, sous la direction de son chef per­manent Jacques Mercier, le dernier concert de la série “Musique de l’Au-delà”, après avoir joué ce programme à trois reprises à Saint-Quentin en Yvelines, Noisiel et Saint-Arnoult en Yvelines entre le 24 et le 31 janvier derniers. Le programme était audacieux et original. Il asso­ciait la Quatrième Symphonie de Jean Sibelius, qui n’avait plus été donnée en concert en France depuis des années, les Chants et Danses de la Mort de Modest Moussorgski, avec en soliste la basse géorgienne Paata Burchuladze, et, en seconde partie, la Quin­zième Symphonie de Dmitri Chostakovitch, toutes œuvres pas ou peu connues du public français plutôt habitué, grâce à l’enregis­trement, à les entendre interprétées par des orchestres étran­gers. On pouvait s’attendre avec cette program­mation auda­cieuse à de non moins audacieuses interprétations.

Défi trop élevé ? L’Orchestre National d’Ile de France n’a jamais été à la hauteur de son ambition. La Qua­trième Symphonie de Sibelius, l’une des œuvres les plus exi­geantes de tout le répertoire symphonique du XXème siècle, est devenue sous la baguette de Jacques Mercier, pourtant grand connaisseur de l’œuvre du maître finlandais, comme le révé­lateur d’un grand nombre de défauts de cet orchestre : manque de familiarité avec ce langage acéré, confusion des plans sonores, pauvreté de timbre des cordes graves, manque de contour des cuivres, non-synchronisation des groupes entre eux, fluctuations et élasticité des tempos, parties solistes mal menées, timidité générale de l’orchestre et, au final, une absence totale de vision d’ensemble de l’œuvre. Si, chez Sibelius, la musique peut être com­parée à une forêt de notes, les musiciens se cachaient derrière chacune d’elles comme derrière d’épais troncs d’arbre. Le résultat sonnait comme un exercice trop difficile qui ne sera pas maî­trisé avant longtemps alors que la tournée prend déjà fin. Il s’agit pourtant d’une œuvre majeure qui requiert une in­terpréta­tion à la fois rigoureuse et expressive pour être appréciée du public et pour faire entrer celle-là définitivement au répertoire des musi­ciens hexagonaux.

Venaient ensuite les Chants et danses de la mort de Moussorgski, dont le langage paraît moins complexe et nova­teur. Cependant, si Paata Burchuladze a pu donner une version très touchante de ces mé­lodies, il l’a fait à côté de l’orchestre, comme malgré lui, sur une scène parallèle, avec un temps d’a­vance.

L’interprétation moins tâtonnante de la Quinzième Symphonie de Chostakovitch ne faisait pas oublier la décep­tion du ren­dez-vous manqué lors des œuvres précédentes.

Au-delà de ce constat sévère sur un concert de prestige concluant une tournée de quatre représentations seulement, il y a la question de fond sur la préparation et la constitution d’un répertoire original par un orchestre sympho­nique de stature nationale. Les bonnes intentions d’un chef aussi volontaire que Jacques Mercier ne suffisent pas à produire d’autre effet qu’une affiche impressionnante. Est-ce trop attendre de l’exécution d’une œuvre musicale qu’elle marque durablement nos mémoires et la mé­moire de ceux qui la feront revivre ?

Documents complémentaires

texte du calendrier de concerts de l’orchestre national d’Ile-de-France

Musiques de l’Au-delà

Entourant les pathétiques Chants et Danses de la Mort, les deux symphonies de ce programme figurent parmi les partitions les plus intenses du XXème siècle; Ce sont de véritables “musiques de l’Au-delà”, dans la mesure où elles représentent chacune à leur manière le pouvoir de dire lindicible de la Nature et de l’Histroire. Sibelius, géant isolé dans sa retraite finlandaise, scrutait les grands espaces désetrtés des hommes tandis que Chostakovitch, ludion tragique, tentait encore d’ironiser au milieu des vétismes de l’Histoire. Tous deux ont été dénoncés en leur temps par l’ordre des biens-pensants. Ils représentant aujourd’hui plus que jamais la modernité.

direction : Jacques Mercier

basse : Serguei Alleksashkin, Paata Burchuladse

photo de couverture : L’Orchestre National d’Île de France à la Salle Pleyel en janvier 2011 (texte : Wikipedia)
source : By Siren-Com (Own work) [CC BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0) or GFDL (http://www.gnu.org/copyleft/fdl.html)%5D, via Wikimedia Commons

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