La Corbeille à pain de la Russie, aussi connue sous le nom d’Ukraine


Ou la vision officielle de l’Ukraine
exposée par l’Administration Américaine
dans Pourquoi nous combattons de Frank Capra,

épisode 5 : La Bataille de Russie, 1943

  

Introduction : prémisses de la série Pourquoi nous combattons

L’humanité a créé tant de chefs-d’œuvre, de classiques incontestés. Les générations successives finissent par en oublier en route une bonne partie, si elles ne sont pas entretenues dans le culte renouvelé de ces morceaux de haute culture. C’est le cas de cette série documentaire, Why We Fight — Pourquoi nous combattons qui compte 7 épisodes dont le détail sera donné dans la suite de cet article. Ce ne sont pas moins de 54 millions d’Américains qui, avant la fin de la Seconde Guerre Mondiale, virent au cinéma ces longues fresques animées dont le premier épisode fut consacré d’un oscar.

Cette série avait été conçue à l’initial pour faire accepter par les nouvelles recrues de l’armée américaine l’idée d’une nécessité politique de l’action militaire. A l’origine, elle était donc diffusée uniquement aux appelés à leur arrivée dans les camps d’entraînement. De 134.000 soldats professionnels en 1925, puis 330.000 en 1940, les effectifs militaires américains, toutes armes confondues, furent décuplés pendant la guerre pour s’établir à 2,5 millions de mobilisés en mai 1945, dont une majorité de conscrits dont la profession n’avait rien à voir avec le maniement des armes et l’héroïsme des scènes de guerre. Cette phase d’incorporation à grande échelle, d’absorption organisationnelle de masses, est réputée grandement critique pour toutes les armées de grande taille en ce sens que la qualité de l’enrôlement et celle de la préparation militaire s’affaiblissent en même temps que le grand nombre fait peser un poids toujours croissant au travail administratif et logistique sur un appareil destiné à l’action. Face au succès rencontré par cet abrégé d’Histoire contemporaine en environ 7 heures, le Département de la Guerre Américain décida finalement de montrer au grand public des salles obscures ce qui était du matériau pédagogique conçu à des fins d’encadrement des troupes.

Il s’agissait de faire valoir la montée en puissance phénoménale de l’Amérique qui avait commencé à la fin des années 1930 et l’inexorable mutation de son statut qui en résultait sur la scène internationale. Le budget militaire qui avait péniblement atteint au Sénat les 500 millions de dollars en temps de paix en 1939[1] s’était aisément établi à 81 milliards de dollars 4 ans plus tard seulement, en 1943, après une multiplication par 162. Mais cela, le public, l’opinion publique devaient le faire sien. La transformation économique qui en découlait ne s’inverserait pas le dernier coup de fusil de la guerre tiré 2 ans plus tard. Les nouvelles tâches politiques qui incombaient à l’Amérique, avec le déclin en poids relatif de l’Angleterre comme centre décisionnel de l’empire britannique, et par suite, comme centre de gravité de la communauté internationale, étaient tout aussi considérables, structurantes et conséquentes pour l’avenir. Il s’agissait de devenir enfin, visiblement, le leader, de prendre la maîtrise du cours des événements après 200 ans de règne de Londres. Si, en 1914, la part de l’économie américaine (36%) dans l’économie mondiale représentait déjà l’addition des parts des économies allemande (16%), anglaise (14%) et française (6%) réunies, cela n’avait pas alors donné lieu à l’Amérique de clore avec autorité les débats militaires engagés entre les puissances européennes. Les moyens logistiques de franchir l’Atlantique en temps et heure, une préparation soutenue de l’opinion, une entente en tous points ou presque avec Londres avaient sans doute fait défaut. Cette fois-ci, il en serait autrement.

Et l’outil de persuasion de l’époque, pour toucher l’immense public d’une vaste nation, sous la dictature allemande comme sous la démocratie américaine était non plus seulement le discours politique public, répété par une équipe d’orateurs en de nombreuses villes du pays, ni même seulement la radio dont le régime nazi faisait néanmoins grand usage ni, encore pour un temps, la télévision à laquelle seule l’élite politique nazie venait d’être introduite depuis 1935, mais le cinéma, selon le principe de la reproductibilité mécanique du média qui permettait au même message d’être diffusé en même temps en un grand nombre d’endroits séparés les uns des autres et à un grand nombre de personnes à chaque fois. En 1934, Frank Capra, émigré italien, arrivé enfant en Amérique au début du siècle, avait reçu 5 oscars pour un seul film (un record qui tint 40 ans) avec It Happened One Night (New York Miami pour la version française). Il en reçut bien d’autres encore tout au long des années 1930. Il fut donc appelé à la rescousse en 1942 pour ses valeurs américaines typiques. Et il avait fort à faire, ayant à défier, face à lui, cet immense morceau de maîtrise technique qu’était le Triumph des Willens (Le Triomphe de la Volonté), réalisé presque dix ans plus tôt (1934-5) par la cinéaste allemande Leni Riefenstahl qui reprenait et améliorait sa propre production similaire de l’année précédente, Sieg des Glaubens (La Victoire de la Foi), censurée à partir de 1934 par l’administration nazie en raison de la présence sur les images du capitaine Röhm, exécuté en juin de cette année-là lors de la Nuit des Longs Couteaux.

Le génie créatif de l’esthète allemande s’était exprimé dans la virtuosité de ses choix de prises de vue (angles audacieux, travelling saisissants, plongées et contre-plongées dramatiques) tirant le meilleur parti de la grandiose mise en scène nazie des Congrès du Parti à Nürenberg. Sa tâche : magnifier plus encore l’événement, l’unité apparente du groupe et, au-dessus de tout, l’aura de son leader. Le génie de Capra allait, lui, passer par une toute autre voie. Son travail serait celui d’un éditeur. Par le choix d’images d’archives, de pays alliés ou de l’ennemi, par leur montage, il les couperait de leur sens originel, leur allouerait une nouvelle fonction par leur opposition dynamique et par le commentaire. En citant l’ennemi, en montrant ses images dans un contexte où il n’est plus celui qui est seul à parler de sa voix sonore, en le confrontant à une vue contraire, le message en devenait clair : la démocratie que l’Amérique représente au plus haut degré dans le monde repose sur l’opposition organisée de deux discours et sur la victoire du meilleur des deux au moment le plus opportun.

Un cours d’Histoire universelle en abrégé

Détaillons brièvement la structure de cette série. Le premier épisode, Prelude to War[2] (Prélude à la Guerre), est une présentation générale de l’argument et de la problématique de la situation géopolitique du jour avec un premier aperçu de l’identité spécifique des Américains.

Les 5 épisodes qui suivent sont quant à eux narratifs et retracent chacun une phase spécifique de l’évolution politique et militaire de 1931 jusqu’au milieu de la Seconde Guerre Mondiale. L’ordre narratif des événements aurait impliqué de commencer par la crise entre le Japon et la Chine en 1931. Capra et son équipe choisirent cependant de centrer d’abord leur analyse sur l’Europe, du jeu politique et diplomatique intense des années 1930 jusqu’à la phase active au cours de laquelle l’armée allemande a l’initiative. Cet ordre met l’accent sur la nécessité de soutenir l’Angleterre, seule puissance à lutter, et sur la priorité qui doit être accordée, parmi les puissances de l’Axe à détruire, à l’Allemagne.

Les épisodes 2, Nazis Strike[3] (Les Nazis attaquent), 3, Divide and Conquer[4] (Diviser pour mieux régner) et 4, The Battle of Britain[5] (La Bataille d’Angleterre) forment ainsi un cycle en crescendo émotionnel dans lequel le bombardement massif, prolongé et répété de Londres, le point culminant de ce cycle, apparaît dans toute sa valeur dramatique et exemplaire. L’allié récent, mais de plus en plus solide, l’Angleterre, aux côtés duquel l’armée américaine s’est engagée une première fois en 1917, et qui partage avec l’Amérique une langue, un passé, des valeurs, des traditions juridiques (le système de la Common Law) se bat déjà pour la liberté.

Les deux épisodes suivants, les épisodes 5, The Battle of Russia[6] (La Bataille de Russie) et  6, The Battle of China[7] (La Bataille de Chine) sont à tout le moins, les plus exotiques pour le public Américain. Terrains, civilisations, peuples inconnus. Tout est neuf ici. Aucun repère ou presque. Les comparaisons sont encore plus difficiles à établir qu’avec les peuples européens. La chronologie indiquait tout à fait que l’épisode Russe s’insère à la suite des précédents, les événements relatés venant s’enchaîner, à partir du 22 juin 1941, à la fin du bombardement de Londres et à la non-victoire, autant dire à la défaite allemande sur ce terrain. A l’inverse, selon ces mêmes termes, l’épisode dédié à la résistance héroïque de la République de Chine face au Japon impérial aurait dû introduire cette suite, les événements décrits débutant 10 ans auparavant et atteignant leur pleine intensité dès 1937. Ce choix d’inversion est le reflet du caractère non-prioritaire, du point de vue de l’administration américaine, de la guerre dans la zone Asie-Pacifique[8]. Ce sont certes de pures raisons de logistique qui motivèrent ce choix, mais cela, le public américain n’aura à le savoir qu’en 1945, de la bouche même du Général en chef, Georges Marshall, dans le bref exposé de Two Down and One to Go (Deux tombés et un qui doit partir), la distance séparant les côtes est de l’Amérique de l’Europe représentant la moitié seulement de la distance séparant les côtes ouest de l’Amérique de la zone stratégique de la guerre du Pacifique.

L’épisode conclusif[9], War Comes to America[10] (La Guerre atteint l’Amérique), est à la fois un récapitulatif de l’enseignement stratégique précédent, concernant notamment la menace pour l’équilibre du monde centré sur l’ouest, et un enseignement moral rappelant l’unité politique présente nécessaire sous la bannière étoilée dans la diversité des origines passées du peuple américain. Le rôle et la mission présents assignés au peuple américain donnent aussi une perspective, un avenir bien au-delà de la fin victorieuse de la guerre. Gagner est avant tout assumer de nouvelles responsabilités dans la gestion des affaires du monde.

Le peuple Russe, variantes et dépendances

Si cette série a pour tâche pédagogique d’apprendre ou de rappeler aux Américains qui ils sont, c’est pour mieux leur permettre de connaître et de reconnaître, par comparaison, qui sont leurs alliés et qui sont leurs ennemis. Pour ce faire, ces documentaires ne font pas seulement la recension succincte d’événements récents. Ils brossent, au travers de l’action, les portraits des peuples concernés qui en sont comme personnifiés au travers de constantes historiques. Tracé à grands traits, c’est le caractère respectif de leur âme qui apparaît. Ces montages, accompagnés par la voix docte et crédible d’une Autorité pleine d’humour et de finesse[11], délivrent ainsi des visions en modèle réduit du Japonais et de l’Allemand comme de l’Anglais, du Chinois et du Russe.

Qui est donc ce peuple Russe allié de l’Amérique ? L’épisode 5, le plus long de la série, lui paie une grande attention. Il est de loin le plus loué de tous. En préambule, les plus grands dignitaires de l’Etat américain se relaient pour clamer ce qu’on lui doit : le plus grand exploit de tous les temps[12]. Ce documentaire débute donc par le résumé de plus de 700 ans d’histoire car :

« Just as the thirst for power that animates our enemies springs from their historic past, so the indomitable will for freedom of our allies is born out of their historic traditions. To understand their deathless struggle, we must know and understand the past that created them. »
« De même que la soif de pouvoir qui anime nos ennemis surgit de leur passé historique, pareillement, l’indomptable volonté de liberté de nos alliés est née de leurs traditions historiques. Pour comprendre leur lutte impérissable, nous devons connaître et comprendre le passé qui les a créées. »

Cette caution nous ayant été donnée, nous pouvons entamer la leçon. L’histoire russe ne commence pas aux jours de l’Union Soviétique. Pas plus qu’elle ne tire son inspiration de la Rus’ de Kyiv du IXème au XIème siècles, non citée. La première page à retenir est écrite par Alexandre Nevski, premier vainqueur décisif et déjà contre les Allemands et l’Europe au Lac Pejpus en 1242 dans un sublime effort de guerre défensive, pour sauver la terre que le peuple russe aime tant contre l’esclavage venu de l’ouest du continent. Cette quête de la liberté grâce à des guerres défensives se poursuit par deux autres victoires contre les nations européennes conquérantes Suédoise en 1704 à Poltava et Française en 1812 avec l’incendie de Moscou. Absentes de ce tableau historique, les années d’occupation de Moscou par les Polonais à partir de 1612  à la suite de la succession d’Ivan le Terrible débouchant sur une crise connue sous le nom de « Période des Troubles ». Aussi absentes, les victoires déterminantes contre la Horde d’Or mongole, dont notamment la bataille de Koulikovo Polié (le Champ des Bécasses) le 8 septembre 1380 où s’illustra le prince de Moscou Dmitri Donskoï (Dmitri du Don, surnom décerné en l’honneur de cette victoire, le champ de bataille se trouvant dans la vallée du Don à proximité de la ville de Tula), victoires qui orientèrent pourtant la Russie vers son caractère eurasiatique bicéphale lorsque le pouvoir russe inversa la domination continentale des Mongols à son avantage. Encore absent de ce tableau, le Grand Jeu, un siècle entier de rivalité militaire à distance, sans confrontation directe, avec le Royaume-Uni, de 1800 à 1905 durant lequel la Russie, progressant sans cesse vers le Sud (Caucase et Asie Centrale) dans son processus d’acquisition territoriale par des guerres limitées, était définie comme une menace constante pour l’empire britannique en Inde, position qui donna de facto à la Russie un statut politique de puissance mondiale souveraine.

La Russie est certes un pays de 9 millions de miles carrés[13], « the largest in the world » « le plus vaste du monde », nous est-il précisé. Cependant, ce domaine semble s’être constitué spontanément. Aucun processus planifié d’expansion territoriale ou « conquête » (sur d’autres peuples) n’est mentionné. Aucun procédé de maintien de la cohésion de ce vaste ensemble n’est décrit non plus. Comment plus de 100 nationalités, de « toutes les races confondues » et qui « parlent plus de 100 langues », se sont-elles retrouvées Russes ? Le documentaire ne l’explique pas. Il ne fait état que de l’unité politique comme donné, comme un résultat acquis, semble-t-il de tous temps, unité rendue si joliment visible et manifeste par les grands défilés multiculturels des années 1930 sur la Place Rouge et ses abords, le long des grandes artères moscovites, telle la rue Tverskaya (ou rue de Tver) taillée dans l’urbanisme du vieux Moscou de l’Arbat justement au début des années 1930, comme un geste politique du pouvoir rendant concrète sa capacité à transformer et à moderniser le réel[14].

« Russia is also people. 193 millions people, people of every race, colour and creed, people coming from the many different republics that comprise the Soviet Union, people speaking more than a hundred different languages but all citizens of one country. »
« La Russie c’est aussi des gens. 193 millions de personnes, des gens de toutes les races, de toutes les couleurs et de toutes les croyances, des gens venant des nombreuses républiques différentes que comporte l’Union Soviétique, gens qui parlent plus de cent langues différentes mais tous citoyens d’un seul pays. »

Non, la Russie est simplement un ensemble multiculturel hétéroclite, à l’image de l’Amérique, de gens réunis par l’amour du sol, de la liberté, des grands espaces et du développement civilisationnel. Une composante de ce peuple se dégage toutefois qui prend l’ascendant sur les autres. Une hiérarchie se dessine malgré tout :

« Whether they are the Great Russians, the descendants of the first settlers of this vast area, for a thousand years its main population or Cossacks, famous horsemen of the open plains of the Don river valley, or one of their country South West, the Ukraine. »
« Qu’ils soient les Grands Russes, les descendants des premiers colons de cette vaste superficie, depuis mille ans sa majeure population, ou les Cosaques, ces fameux cavaliers des plaines ouvertes de la vallée du Don, ou l’un de leur pays au Sud Ouest, L’Ukraine. »

C’est bien cette composante qui imprime aux autres une vision, leur indique un mode de répartition géographique et organique des tâches à suivre pour être heureux ensemble. C’est ainsi que l’Ukraine est décrite comme :

« Here, in the breadbasket of the Soviet Union live the Little Russians better known as Ukrainians. »
« Ici, dans la corbeille à pain de l’Union Soviétique vivent les Petits Russiens mieux connus sous le nom d’Ukrainiens. »

 Ukrainian dancers

Why We Fight, 5, The Battle of Russia (public domain)

Selon les images[15], un peuple dansant, chantant, souriant, coloré, paysan. Le peuple grand-russe a lui, comparé à cela, des soucis d’adultes, de propriétaire terrien qui voit loin et vise au maintien de son ensemble. Ainsi, quand vint 1914, c’étaient bien des soucis globaux et non locaux, purement nationaux, auxquels les leaders russes devaient faire face :

« 1914 and an other German army this time under Kaiser Willehlm set up to conquer Russia. This time, the Russian people, under the regime of the Czar was not only fighting the German guns but oppression and corruption in their own country. Only, the ultimate collapse of the imperial Germany saved Russia from loosing the Ukraine and the Crimea which the Germans had occupied in 1918[16]. »
« 1914 et une autre armée allemande, cette fois sous le Kaiser Wilhelm (L’Empereur Guillaume II) mise sur pieds pour conquérir la Russie. Cette fois, le peuple Russe, sous le régime du Tsar, ne se battait pas seulement contre les canons allemands mais contre l’oppression et la corruption dans son propre pays. Seul, l’effondrement final de l’Allemagne impériale sauva la Russie de la perte de l’Ukraine et de la Crimée que les Allemands avaient occupées en 1918. »

Les puissances alliées, Grande-Bretagne, France et Etats-Unis avaient, cette fois, sauvé la Russie, y compris sous sa forme postérieure à la Révolution d’Octobre[17]. Et c’est bien pour cela qu’en 1934, la Russie Soviétique, soucieuse de paix, fut invitée à rejoindre la Ligue des Nations et accepta en vue de prévenir de nouvelles guerres d’agression menées par l’Allemagne.

« Yes, as we have seen, Germany’s spirit of aggression was handed down from generation to generation and now, in Hitler’s Germany, the dream was world conquest. For such a dream there could be only one answer : collective security. So, with this objective, in 1934, the Soviet Union joined the League of Nations. Again and again, before the League, his representatives[18] urged binding agreements to support by collective action  « the State I represent entered the League with the sole purpose of the maintenance of indivisible peace. The League of Nations is still strong enough by its collective actions to avert or arrest aggression… There is no room for bargaining or compromise. »
« Oui, comme nous l’avons vu, l’esprit d’agression de l’Allemagne était transmis de génération en génération et, à présent, dans l’Allemagne d’Hitler, c’était le rêve de la conquête du monde. Pour un tel rêve, il ne pouvait y avoir qu’une réponse : la sécurité collective. C’est ainsi qu’avec cet objectif l’Union Soviétique rejoignit, en 1934, la Société des Nations. Sans relâche, ses représentants ont exhorté devant la Société des Nations à des accords contraignants à soutenir par une action collective.  « L’Etat que je représente est entré dans la Société des Nations avec pour seul but le maintien de la paix indivisible. La Société des Nations est encore assez forte à travers ses actions collectives pour prévenir ou arrêter l’agression… Il n’y a pas de place pour le marchandage ou le compromis. »

Dans ce plaidoyer pour la liberté, les événements de 1932-3 en Ukraine, connus sous le nom de Holodomor[19] ainsi que le pacte Ribbentrop-Molotov d’août 1939 réconciliant soudain l’Union Soviétique à l’agresseur allemand, la guerre de Finlande menée à l’hiver 1939-40 par l’Union Soviétique contre son petit voisin et la prise de contrôle politique et militaire en juin 1940 des trois pays Baltes, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie, états pourtant créés sous la pression des Alliés victorieux après l’armistice de novembre 1918 à l’ouest n’avaient pas de raison d’être mentionnés. C’est ainsi que, pour paraphraser le politicien travailliste et homme d’Etat anglais, Sir Richard Stafford Cripps (1889-1952), dans un discours prononcé en tant que Ministre de la Production Aéronautique Britannique[20] devant le personnel d’une usine d’aviation militaire au sujet de la « guerre des usines » et enregistré par les actualités américaines de 1943, sans se connaître ni même s’épauler sur un champ de bataille ou un théâtre d’opération déterminé, le soldat américain aidé de l’ouvrier américain fut le frère d’armes du soldat russe aidé de l’ouvrier russe au nom de la liberté. La liberté, il est vrai, est un schéma bien plus global qui ne peut tenir compte de tous les détails locaux particuliers possibles. Elle est une aspiration et une inspiration qui ne connaissent nulle frontière et qui s’imposent aux peuples, les uns à la suite des autres, car elle est la meilleure des solutions.

Cover picture : Why We Fight
source : public domain


[1] Voir épisode 7, War Comes to America – La Guerre atteint l’Amérique, (1945), chiffres cités à 32’20“.

[2] Prelude to War – Prélude à la Guerre (1942), (51:35), oscar du meilleur documentaire en 1943.

[3] Nazis StrikeLes Nazis attaquent (1943) (40 :20),

[4] Divide and Conquer – Diviser pour mieux règner (1943) (56 :00)

[5] The Battle of Britain – La Bataille d’Angleterre (1943) (51:30)

[6] The Battle of Russia – La Bataille de Russie (1943) (76:07), nomination pour l’oscar du meilleur documentaire

[7] The Battle of China – La Bataille de Chine (1944) (62:16)

[8] Ce choix est expliqué explicitement en termes de stratégie par le Général Georges Marshall en 1945 dans le court documentaire de propagande, aussi réalisé par l’équipe de Capra  Two Down and One to Go – Deux en moins et un troisième qui doit partir (8 :50) qui est un complément à la présente série.

[9] Frank Capra réalisa ou coréalisa plusieurs autres documentaires selon la même visée mais ils ne sont pas insérés dans cette série : Know Your Ally, Brittain – Connais ton allié, la Grande-Bretagne (1944) (45 :00) ; The True Glory, Tunisian Victory – La Vraie Gloire, La Victoire en Tunisie (1944) (75 :00), en collaboration avec Hugh Stewart, John Huston ; Know Your Enemy : Germany, Here Is Germany – Connais ton ennemi : l’Allemagne, Voici l’Allemagne (1945) (50 :00) ; Know your enemy, Japan – Connais ton Ennemi, le Japon (1945) (63 :00) en collaboration avec Carl Foreman, John Huston et Edgar Peterson qui ne fut pas, finalement diffusé .

[10] War Comes to America (1945) (64:20)

[11] Le principal récitant est l’acteur américain d’origine canadienne Walter Huston (1884-1950), récompensé par l’Académie. Mais il est aussi accompagné par Anthony Veiller car cette série documentaire cherche à donner une image de pluralité démocratique encadrée et concertante, avec des questions, des contradictions et des délibérations résultant en décisions, contre-décisions et révocations de décisions en vue de l’optimisation du processus de prise de décisions, par opposition à la structure monolithique des régimes politiques autoritaires ennemis.

[12] « History knows no greater display of courage than that shown by the people of Soviet Russia » Henry L. STIMSON, Secretary of War / « L’Histoire ne connaît pas de plus grande démonstration de courage que celle offerte par le peuple de l’Union Soviétique » Henry L. STIMSON, Secrétaire d’État à la Guerre

« We and our allies owe and aknowledge an everlasting debt of gratitude to the armies and people of the Soviet Union » Frank KNOW, Secretary of the Navy / « Nos alliés et nous-mêmes devons et reconnaissons une dette éternelle de gratitude aux armées et aux peuples de l’Union Soviétique » Frank KNOW, Secrétaire d’État à la Marine.

« The gallantry and aggressive fighting spirit of the Russian soldiers command the American army’s admiration » Georges C. MARSHALL, Chief of Staff, U.S. Army / « La bravoure et le « fighting spirit » agressif des soldats Russes forcent l’admiration de l’Armée Américaine », Georges C. MARSHALL, Chef de l’État-Major de l’Armée américaine.

« I join… in admiration for the Soviet Union’s heroic and historic defense. » Ernest J. KING, Commander in Chief, United States Fleet / « Je me joins à l’admiration pour la défense héroïque et historique de l’Union Soviétique », Ernest J. KING, Commandant en chef de la Flotte des Etats-Unis.

« …the scale and grandeur of the (Russian) effort mark it as the greatest military achievement in all history », General Douglas MacARTHUR, Commander in Chief Southwest Pacific Area / « La dimension et l’étendue de l’effort (Russe) le désignent comme le plus grand accomplissement militaire de toute l’histoire. » Général Douglas MacARTHUR, Commandant en Chef de la zone Sud-Est Pacifique.

[13] environ 20 millions de kilomètres carrés en mesures métriques

[14] Josette BOUVARD, « Les Palais Souterrains du Métropolitain », in Moscou, 1918-1941, De l’Homme nouveau au bonheur totalitaire, sous la dir. de Catherine GOUSSEFF, coll. Autrement, Paris, 1993.

[15] 10’45“ dans le film

[16] 6’25“ – 6’30“ dans le film

[17] L’histoire est certes plus complexe que cela, l’Union soviétique ayant militairement envahi et occupé l’Ukraine qui ne devint République Soviétique Socialiste qu’en 1921. Mais le public n’avant certes nul besoin qu’on entre dans les détails.

[18] Maxim LITVINOV (1876-1951), Commissaire du Peuple aux Affaires Etrangères soviétique de 1930 à 1939, discours du 5 septembre 1935 au siège de la Société des Nations à Genève.

[19] 7 millions de morts, dont 2,5 millions d’enfants, selon une estimation communément admise, à la suite d’une famine artificiellement provoquée. Voir l’ouvrage maintenant classique, sur le sujet, de l’historien Britannique Robert CONQUEST : Harvest of Sorrow Soviet Collectivization and the Terror-Famine University of Alberta Press, 1986. Pour la traduction française, voir : Sanglantes moissons: La collectivisation des terres en URSS. Robert Conquest, Robert Laffont, collection Bouquins, Paris, 1995

[20] Poste qu’il occupa du 22 novembre 1942 au 25 mai 1945.

 

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