Quand la Sibérie des années 1930 se révèle


commentaire sur le livre
L’île aux cannibales: 1933 Une déportation-abandon en Sibérie
de Nicolas Werth,

Librairie Académique Perrin, Paris, 2008 – 241 pages

La vertigineuse histoire du pouvoir. Le Tout qui vaut ce que ne valent aucune de ses parties individuelles. La volonté de faire d’un pays qui, théoriquement, n’en a pas les ressources, une puissance mondiale qui joue les premiers rôles sur la scène des relations internationales et influe le cours des événements. Le jeu du politique poussé à l’extrémité de ses ressources. C’est ce que montre brillamment Nicolas Werth, avec une connaissance et une maîtrise approfondie des sources soviétiques tout à fait impressionnantes.

Nicolas Werth en novembre 2013 à l’INALCO
(source : Cyrille Clément)

En bout de course, au bout d’une ligne de voie ferrée et d’un long périple sur des barges voguant au gré des immenses fleuves de la vaste Sibérie, en l’occurrence l’Ob, un processus de désocialisation forcée, de déculturalisation radicale des êtres humains individuels les uns envers les autres, une atomisation des liens sociaux au point de la levée de tous les interdits enfouis par l’obligation que représente l’autre envers moi.

L’île de Nasino au Nord Ouest de la Région de Tomsk
(souce : By Karte Tragödie von Nasino.svg: NordNordWest derivative work: VictorAnyakin (Karte Tragödie von Nasino.svg) [CC BY-SA 3.0 de (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/de/deed.en)%5D, via Wikimedia Commons)

C’est une image qui a peu été martelée dans nos têtes, qui a peu façonné nos perceptions, que le continent eurasiatique, dans sa partie sibérienne centrale, au cours des années 1930 était devenu un Far-East dont la violence, due aux bandes d’évadés, aux récalcitrants, aux fermiers locaux expropriés et à l’administration démunie de moyens réels de gestion de la crise, était d’un niveau d’intensité tout à fait exceptionnel.

Gare de Mourom par laquelle passaient les déportés
(sources : See page for author [Public domain], via Wikimedia Commons)

Le livre de Nicolas Werth en fait une démonstration saisissante qui ouvre aussi bien des questions sur notre absence de mémoire vis-à-vis de ces faits que nous ne faisons que découvrir par l’entremise de travaux de chercheurs aussi remarquables que ce grand spécialiste.

Les lecteurs du Russe intéressés par cette histoire pourront compléter par la lecture d’un article de l’historien russe Vladimir Chichkine : L’ïle de la Mort (en Russe)

En couverture : Les principaux camps du Goulag entre 1923 et 1961, selon les travaux de la fondation russe Memorial (texte : Wikipedia)
source : Antonu [Public domain], via Wikimedia Commons

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