Au cœur des coopérations économiques franco-suédoises depuis 100 ans


Présentation du livre “Un Siècle d’entreprises suédoises en France, 1915-2015”
Françoise Nieto, Claire Mallet, Helena Höjenberg, Nils Ingvar Lundin, Marie Sundberg
Édition de la CCSF, Paris, 2016
8 septembre 2016, Petit Palais, Paris

La Chambre de Commerce Suédoise en France (CCSF) avait encore mis les grands moyens, alliés à beaucoup de goût, ce 8 septembre 2016, pour présenter au public Français et au public Suédois de Paris, intéressé par la vie des affaires, par les coopérations industrielles et le contexte économique et sécuritaire européen et international, un volume commémoratif de 380 pages en deux éditions, une en langue suédoise et une en langue française sur l’histoire des cent premières années d’existence de cette institution de droit privé qui fait le lien, dans le monde économique, entre les deux pays. Et c’est dans l’auditorium du Petit Palais puis dans le jardin que la Présidente, depuis l’année 2000, Mme Gîta Paterson et son équipe très motivée ont reçu des personnalités de premier plan du monde des affaires français (Jean-Louis Beffa et Louis Schweitzer) et de la diplomatie suédoise (Frank Belfrage et Erik Belfrage) pour introduire le livre et le débat sur les notions qui importent dans la situation du jour sur la scène mondiale.

d81_4607_pp

Gîta Paterson, Présidente de la Chambre de Commerce Suédoise en France, introduit la séance
(source : Cyrille Clément)

Le livre, relié, luxueux, dans une mise en page où le soin le dispute à l’élégance sous son épaisse couverture bleue, et qui présente une abondante iconographie, souvent de source publicitaire mais aussi de documents historiques, tente de retracer les grands jalons qui ont marqué plus d’un siècle de relations de travail, de relations productives, tant du point de vue de la Chambre et de ses membres au rôle facilitateur, que du point de vue des acteurs industriels et de leurs partenaires, au rôle créateur (entrepreneurial). Rédigé par un collectif d’auteurs où les dames occupent une place de choix, l’ouvrage s’organise en grandes périodes historiques sous la forme journalistique d’un recueil d’articles sur des grands acteurs, sociétés ou personnalités, dont le parcours, le plus souvent à succès mais pas toujours, est succinctement décrit ou rappelé pour le lecteur qui ne serait pas encore familiarisé.

ccsf

Emblème de la Chambre de Commerce Suédoise en France
(source : By CCSF (Own work) [CC BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)%5D, via Wikimedia Commons)

Et c’est justement là qu’intervient l’intérêt même du livre qui ne saurait se limiter à la fonction de “prêcher à des convaincus” les mérites du libre-échange de biens et de services commerciaux entre pays du même continent, faisant partie ou non des mêmes ensembles, politiques, monétaires ou militaires. L’histoire de la présence économique suédoise en France, aidée depuis un siècle par une Chambre, c’est-à-dire par un groupement de personnes tenues par un engagement, est loin d’être un long fleuve tranquille, nonobstant la neutralité suédoise lors des deux conflits mondiaux du XXème siècle et la grande majorité des succès industriels de cette coopération. Car l’incertitude n’a pas manqué de frapper de plein fouet la Chambre elle-même, du scandale Ivar Kreuger en 1932, le roi de l’allumette suédoise dont la vie a inspiré plusieurs films, à l’attentat de mars 1975 perpétré par un célèbre groupe terroriste des années 1970 contre l’énergie nucléaire en Suède et qui détruisit partiellement la Maison de la Suède sur les Champs-Élysées, en passant par la concurrence d’un Conseil à l’Exportation Suédois (Exportrådet), institution publique issue d’un gouvernement travailliste ou la mise à la contribution obligatoire des biens industriels suédois en France pour l’effort de guerre allemand et les destructions par les bombardements alliés qui s’en suivirent.

Les parcours des grands acteurs industriels suédois en France depuis plus de cent ans représentent aussi, pour certains, l’histoire de la constitution de piliers complets de la civilisation matérielle et technicienne moderne telle que nous l’avons vue se développer jusqu’à ce jour. Des roulements à billes produits depuis plus d’un siècle par la société SKF, composantes essentielles de la mécanique, aux phares à acétylène, gaz maîtrisé pour la première fois par AGA gas accumulator à la fin du XIXème siècle (aujourd’hui, inclus dans The Linde Group), ce sont des parts entières de notre vie de tous les jours qui sont sous l’influence de ces produits industriels (automobile, aviation, navigation et la liste serait encore très longue).

Et si les plus grands noms sont connus du grand public essentiellement par leur interface  avec la consommation de masse, comme IKEA ou Volvo, d’autres noms de compagnies industrielles suédoises aussi prestigieux sont surtout connus dans le monde professionnel, comme celui des machines-outils, machines de chantier, foreuses, comme c’est le cas pour Atlas Copco dont les foreuses ont contribué au perçage du tunnel du Mont-Blanc ainsi qu’à celui de l’Eurotunnel, le tunnel sous la Manche.

Ce monde de la coopération à des fins productives et économiques, qui inclut des phases plus critiques d’acquisitions ou fusions d’entreprises, se fait et se traduit par une bonne dose de bi-culturalisme de la part des partenaires, d’allers-retours, mais aussi de malentendus et de blocages, ce qui amène les auteurs du livre à aborder la question des différences, culturelles, discursives, psychologiques, législatives qui interviennent à tous les niveaux de l’interaction. Ces questions ne sauraient être négligées puisqu’elles sont elles-mêmes fort évolutives dans le temps, le rapport de la France à la Suède et vis-et-versa étant fort différent en 2015 de ce qu’il était 100 ans plus tôt.

Dans ce registre, l’ancien P.D.G. du groupe automobile français Renault, Louis Schweitzer est venu expliquer, non sans humour, au public du Petit Palais les motifs sous-jacents à l’échec du mariage de Renault et de Volvo AB en 1992, du manque d’écoute des négociateurs français au manque de prise de parole des négociateurs suédois.

d81_4628

Louis Schweitzer, ancien P.D.G. du groupe automobile français Renault
(source : Cyrille Clément)

Et c’est un autre interlocuteur “privilégié” ou plutôt expérimenté du dialogue industriel franco-suédois, Jean-Louis Beffa, Président d’honneur du Groupe Saint-Gobain, qui lui a succédé au pupitre pour replacer ce partenariat, ses atouts et ses difficultés, dans un contexte européen, marqué selon lui par la forte signification des déplacements de frontière en Crimée, et mondial, là aussi marqué par la montée en puissance d’acteurs économiques efficaces et ambitieux émanant d’efforts étatiques et non privés, comme en Chine, avec des visées hégémoniques (politiques) à l’échelle planétaire sur des marchés stratégiques sur lesquels les Européens se placent, sans en prendre conscience, en situation de dépendance subie.

d81_4634

Jean-Louis Beffa, Président d’honneur du groupe Saint-Gobain
(source : Cyrille Clément)

Si le livre se termine sur le palmarès des Prix d’Excellence décernés par la CCSF à des succès entrepreneuriaux suédois en France, la présentation du livre s’est, elle, achevée par une allocution de S.E. Mme l‘Ambassadrice de Suède en France, Mme Veronika Wand-Danielsson qui, après un trait d’humour sur la différence culturelle franco-suédoise, a rappelé, par sa présence même, l’importance du rôle d’accompagnement de la représentation politique et diplomatique de son pays auprès du monde de l’entreprise dans un contexte de partenariat et de coopération entre pays européens partageant une longue histoire dans ce domaine, malgré ce qui les sépare, et qui doivent, pour survivre et maintenir leur souveraineté nationale — cette suprême catégorie politique — face aux grandes entités émergentes, être capables de se renouveler pour transformer les enjeux d’avenir, comme l’environnement, en opportunités et conquérir les marchés à l’exportation.

d81_4659_pp

S.E. Mme l’Ambassadrice de Suède en France, Veronika Wand-Danielsson
(source : Cyrille Clément)

d81_4661

Dans le jardin du Petit Palais, les membres de la Chambre de Commerce Suédoise en France
(source : Cyrille Clément)

Cet article a été rédigé avec le gracieux concours et le précieux accord de la Chambre de Commerce Suédoise en France qui l’a référencé sur son site (voir la page). Je remercie ici Mme Katarina Lööf pour sa confiance.

La présentation en images.

 

 

Leave a Reply

Please log in using one of these methods to post your comment:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s