La Fable morale qui se sent bien en noir et blanc


commentaire sur la projection en avant-première du film Olli Mäki
de Juho Kuosmanen, Finlande, 2016

C’est dans le prestigieux cadre de la salle UGC Ciné Cité Les Halles que le réalisateur finlandais Juho Kuosmanen est venu présenter au public français, le mardi 11 octobre, son premier long métrage, Olli Mäki, d’une durée de 1 h 36 min. avec un flegme et une simplicité tout finlandais. Et c’est l’ironie de l’histoire qui aura voulu que ce film qui traite à sa manière du monde de la boxe, récompensé en mai dernier au Festival de Cannes du Prix Un Certain Regard, sorte en salles dans la foulée d’une tragédie, la mort le 30 septembre dernier du boxeur écossais Mike Towell, âgé de 25 ans, à la suite d’un combat jugé trop violent, puis du scandale Tyson Fury qui voit l’étonnant vainqueur de l’imbattable ukrainien Wladimir Klitschko reconnaître son usage de cocaïne depuis 2 ans pour traiter une dépression nerveuse grave, deux affaires hors normes qui touchent de plein fouet, coup sur coup, le monde de la boxe professionnelle internationale.

Bande annonce du film (sous-titrage en Anglais)

Un peu plus tôt dans la soirée, ce jeune homme tranquille avait accordé en toute décontraction, avec l’assurance modeste, sans superbe, de celui qui sait qu’il a fait du bon travail, une interview à la Chambre de Commerce Franco-Finlandaise dans laquelle il décrit les conditions de création du film après un premier succès à Cannes en 2010 et précise, pour qu’on puisse mieux les cerner, les contours de son personnage principal. Il est vrai que, étant donné ses débuts fulgurants, les commentateurs ont placé la barre très haut pour ce talent en devenir car on attend de lui qu’il reprenne le flambeau du cinéma finlandais des mains du maître Aki Kaurismäki en personne, toujours très apprécié en France pour son humour et toutes ses autres qualités filmiques.

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le réalisateur finlandais Juho Kuosmanen à Paris
(source : Cyrille Clément)

Et puisque l’histoire de la boxe s’est récemment emballée, laissons nous happer 54 ans en arrière par la magie du cinéma dans l’histoire vraie d’Olli Mäki, personnage populaire en Finlande à la biographie pourtant des moins extraordinaires. À l’été 1962, ce jeune boxeur finlandais amateur, qui a connu des résultats prometteurs, est poussé vers le devant de la scène par quelqu’un qui croit en lui, qui a de l’ambition pour lui, l’ex-boxeur Elis Ask. Être champion du monde à Helsinki, devant son public, lui le petit gars de la campagne, le boulanger de Kokkola, voilà la montagne à gravir ! Le film, qui assume l’esthétisme du noir et blanc et de la caméra mobile, presque subjective, parfaitement maîtrisé (voir interview ci-dessus), retrace pour ce faire, souvent avec une discrète ironie, toutes les étapes qui doivent conduire au succès de l’entreprise, tous les à côtés du sport professionnel, de la préparation physique elle-même dans les conditions de l’époque et du lieu, à la pression croissante à l’approche de l’événement, de l’intrusion des médias aux accointances nécessaires et périlleuses quand vient le manque d’argent pour aller au bout du projet.

Et l’auteur le revendique : l’homme qu’il dépeint est quelqu’un qu’il admire pour l’avoir rencontré en 2011, pour l’avoir écouté au point de décider de faire de son histoire un film, son premier long-métrage, une étape importante dans la carrière d’un réalisateur. Et il a fait de son Olli Mäki une jolie histoire à la morale positive et sans détour, une réflexion construite sur la valeur de la compétition portée comme but ultime de l’endurance humaine qui assujettit toute autre considération, avec un anti-héros magnifique et sentimental dont la morale personnelle pourrait se résumer en deux phrases “Rien ne sert d’être champion du monde ! Mieux vaut être heureux avec l’être qu’on aime”. Mais pour en arriver à cette découverte d’une conclusion “heureuse” à l’incertitude et au tourment, au défi et à l’enjeu, notre Olli aura dû traverser tous les affres de l’effort, du doute, de l’hésitation, du sentiment de trahison, de l’humiliation et de la force du choix.

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Avant-première du film Olli Mäki en VO sous-titrée en français à l’UGC CinéCité Les Halles, Paris
(source : Cyrille Clément)

C’est là qu’intervient, de la façon la plus décisive, la patte du réalisateur : au moment le plus critique de l’action, à l’instant crucial de la rencontre sur le ring, la mise en scène de l’événement sait ne pas se faire pathétique, la caméra ne pas verser dans le spectaculaire.  Juho Kuosmanen évite habilement de faire référence aux nombreuses scènes de boxe qui jalonnent l’histoire du cinéma mondial et parvient à trouver sa propre approche. Car il ne filme ni un drame, ni un exploit historique, ni une parodie, ni une critique acerbe d’un milieu ni un super-héros mythologique mais “le plus beau jour de la vie” d’un finlandais, Olli Mäki, qui sut qu’il n’était pas de taille pour rivaliser au niveau suprême. C’est qu’au fond, le réalisateur aime bien ce relativisme de son personnage qui laisse volontiers la gloire à plus fort que soi et les honneurs à ceux qui les cherchent impérativement. En cela, Olli Mäki est une nouvelle incarnation de la fable morale, simple, distanciée, sans pathos. Et sans doute, une réponse par anticipation aux deux drames de la boxe actuelle mentionnés ci-dessus. Alors, on peut affirmer sans grande peine que, dans un premier projet parfaitement réussi, on peut entrevoir l’annonce de projets plus complexes et la continuité assurée du cinéma finlandais au plus haut niveau de l’exigence formelle et de la volonté de sens.

Mention particulière aux acteurs Jarkko Lahti, Oona Airola (qui était présente pour la projection) et Eero Milonoff pour la qualité de leur interprétation.

Vous pouvez retrouver les images de l’interview et de la projection en avant-première.

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